Mardi matin, 8 octobre 2019, les forces de l’ordre ont investi Mains d’Oeuvres, lieu culturel d’initiative citoyenne. Le quartier est bouclé, le lieu occupé pour inventaire, les usagers attroupés sous la pluie organisent une manifestation improvisée. Cette scène, nous la connaissons trop bien. Lieux intermédiaires, tiers-lieux, friches culturelles, fablabs, squat et collectifs d’artistes, combien de nos lieux sont ainsi tombés ?

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Mardi matin, 8 octobre 2019, les forces de l’ordre ont investi Mains d’Oeuvres, lieu culturel d’initiative citoyenne. Le quartier est bouclé, le lieu occupé pour inventaire, les usagers attroupés sous la pluie organisent une manifestation improvisée. Cette scène, nous la connaissons trop bien. Lieux intermédiaires, tiers-lieux, friches culturelles, fablabs, squat et collectifs d’artistes, combien de nos lieux sont ainsi tombés ? Combien d’autres sont aujourd’hui menacés ? Le drame qui se déroule en ce moment à Mains d’Oeuvres n’est pas seulement un drame pour les 70 salariés et les 250 résidents qui y travaillent quotidiennement. C’est un drame pour les habitants de Saint-Ouen auxquels ce lieu offre un espace de pratique culturelle et artistique, pour le large public qui en partage la vie culturelle depuis plus de vingt ans, pour chacun des lieux de nos réseaux qui sait combien cet évènement actualise les menaces qui pèsent sur sa propre existence. C’est un drame pour tous ceux que concerne la mise en œuvre d’une démocratie culturelle soucieuse du droit des personnes, tous ceux que concerne le droit à la ville et tous ceux que concerne le devenir politique de nos communes. Ce drame est notre drame à tous, en tant que citoyens. C’est le drame des communs qui se joue sous nos yeux, des espaces et des biens qui lient entre eux territoires et populations et font que nous habitons un monde en commun.

« Ce n’est pas l’homme qu’il faut sauver, mais l’espace qui rassemble tous les hommes », disait Hannah Arendt.

Où est l’intérêt général dans cette décision ? 

Mains d’Oeuvres est un lieu culturel en ordre de marche, qui n’a plus à prouver la valeur de son action. Il est soutenu par les collectivités, par l’État, son travail reconnu. C’est un outil précieux pour les habitants de Saint-Ouen, pour le 93 et pour tout le milieu culturel francilien. Qui plus est, c’est un outil économe, si l’on compare la contribution qu’il demande à la collectivité au coût d’un équipement culturel classique et aux services qu’il rend à la population. Il est une des figures de proue du mouvement des friches culturelles, des lieux intermédiaires, de ce qu’on a nommé un temps « nouveaux territoires de l’art » et qu’on nomme maintenant  « tiers-lieux » ; il continue à participer de l’invention de nouvelles formes de faire culture. Le maire porte en lieu et place de Mains d’Oeuvres un projet de conservatoire de musique dont il n’existe pour l’instant qu’un délibéré de conseil municipal. Seul le droit de jouissance du propriétaire semble ici s’exercer. Cela suffit-il à dire l’intérêt général ? A l’incarner ? Le travail mené par les équipes de Mains d’Oeuvres au quotidien, en lien avec les habitants, leurs enfants, le public n’en constituerait-il pas une forme plus probante ?

Au mois de juin, l’État a convoqué en grande pompe cinq ministères – éducation, travail, cohésion des territoires, économie, culture – pour inaugurer le Conseil national des Tiers-Lieux. Pourtant, M. le Préfet de Seine Saint-Denis a pris la décision de précipiter l’expulsion sans attendre l’avis du juge d’exécution qui devait se prononcer le 3 décembre. On ne comprend pas bien cet empressement des services de l’État à répondre aux demandes d’un maire dont six des membres de la majorité viennent de démissionner, adjointe à la culture comprise, au moment où l’État lui-même s’est prononcé en faveur d’une politique de soutien à ces initiatives issues de la société civile dont Mains d’Oeuvres est pionnière. Comment comprendre ce mouvement contradictoire qui d’une main adoube des lieux que de l’autre elle expulse ? Faut-il entendre, malgré les déclarations de Monsieur le ministre de la culture Frank Riester au Conseil national des tiers-lieux, qu’il ne s’agit pas tant de reconnaître et soutenir les lieux intermédiaires (ou les tiers-lieux, ou les fablabs…) mais de récupérer ce nouveau champ de l’action citoyenne, quitte à en évincer les acteurs les plus autonomes ? On passerait alors du temps des friches, où s’imaginait une culture en commun, faite depuis les habitants, à une culture de l’urbanisme transitoire où, sous couvert de tiers-lieux, on s’assure que les espaces laissés vacants par l’Etat, dans son mouvement de désengagement, soient remis dans les mains de l’intérêt privé, au nom d’une attractivité territoriale qui tend à se confondre avec une logique de valorisation foncière où se perd peu à peu l’idée-même d’intérêt général. Et en effet, la Cité Fertile, à Pantin, où a été inauguré le Conseil national des tiers-lieux, est un lieu tenu par Sinny & Ooko, une entreprise à but lucratif qui sait se servir des valeurs que nos lieux ont portées pendant des années mais semble plus préoccupée de construire un petit empire économique en profitant des opportunités offertes par le chantier du Grand Paris que de réaliser la démocratie culturelle.  Il serait pourtant bien regrettable que l’objet réel du Conseil national des tiers-lieux soit, sous couvert de l’engagement historique, réel et sincère des porteurs de tiers-lieux et d’initiatives en communs, de servir d’alibi à un transfert de l’intérêt général vers le privé.

C’est pourquoi nous, lieux intermédiaires et indépendants, tiers-lieux, fablabs, réseaux professionnels associés et partie prenante de ces dynamiques, acteurs culturels, artistes, collectifs et lieux, prenons la parole pour demander à Monsieur le Préfet de Seine Saint-Denis et à Monsieur le Maire de Saint-Ouen de restituer Mains d’Oeuvres à ses usagers et appelons le Conseil national des tiers-lieux, le ministère de la culture, le ministère du travail, le ministère de l’éducation, le ministère de la cohésion des territoires et le ministère de l’économie à nous rejoindre dans cette demande. Afin de clarifier le sens de l’action publique à l’endroit des tiers-lieux, nous appelons enfin l’État et les collectivités à bien vouloir distinguer, dans les initiatives issues de la société civile auxquelles ils apportent leur soutien, entre les initiatives qui relèvent du privé et celles qui relèvent du commun. Nous appelons à ce que l’intérêt grandissant pour les tiers-lieux soit l’occasion de prendre soin de ce tiers-espace qui a grandi entre agir public et agir privé, selon la logique des communs, afin que ces nouvelles formes d’action citoyenne qui se multiplient sur le territoire puissent contribuer, depuis leur pratique, à l’exercice et à la redéfinition de l’intérêt général. Au nom de l’intérêt général, nous appelons l’État et ses services à prendre soin de ces initiatives citoyennes et non à les entraver, comme il est trop souvent le cas. A ce propos, nous vous renvoyons vers les travaux qui ont été menés à Rennes, dans le cadre du 3è forum national des lieux intermédiaires et indépendants de la CNLII (coordination nationale des lieux intermédiaires et indépendants > www.cnlii.org) et qui recensent un certain nombres d’expériences et de propositions concrètes autour de partenariats public/communs. Il existe des solutions opérantes sur le territoire. Mettons-les ensemble en œuvre pour que plus jamais quelque chose d’aussi absurde que l’expulsion de Mains d’Oeuvres ne se produise.

Pour la Coordination Nationale des Lieux Intermédiaires &  Indépendants (cnlii.org)
Artfactories/autresparts, centre national de ressources (autresparts.org)

On assassine Mains d’Oeuvres !

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